Ahutoru

Ou le bon Sauvage

AhutoruAhutoru est le premier Tahitien à avoir quitté la Polynésie pour rejoindre le continent européen. Embarqué volontaire sur le navire du célèbre capitaine Louis-Antoine de Bougainville, son périple débute en 1768.

Après son arrivée à Tahiti et son court séjour sur l’île qu’il surnommera plus tard la « Nouvelle Cythère », le comte de Bougainville décide de la quitter. L’heure du départ approchant, le comte est alors harcelé par Ereti, le chef de village, qui le supplie d’emmener avec lui Ahutoru, un grand gaillard d’une trentaine d’années originaire de Raiatea afin que celui-ci revienne avec un regard neuf sur le monde. Devant l’insistance d’Ahutoru lui-même, Bougainville accepte. Le 15 avril 1768, l’aventure débute pour le jeune Tahitien.

Passés les périples du voyage, « La Boudeuse », le navire de Boungainville, arrive à Saint Malo le 16 mars 1769. Le premier à s’intéresser au jeune Ahutoru est un scientifique, Charles de La Condamine, qui entreprend de l’éduquer avec des tests qui ne seront malheureusement pas du goût du Tahitien. Un autre savant étudiera ensuite le langage et les comportements du « Sauvage ».

Le 30 avril 1769, Ahutoru habillé à neuf par Bougainville est présenté à la cour du roi Louis XV. Comme on peut l’imaginer, le Tahitien est totalement subjugué par le luxueux Versailles et cette rencontre changera sa vie. Dès lors, il devint la coqueluche de la capitale, incarnant le « bon Sauvage » exilé à Paris. Il est reçu comme une personnalité dans tous les spectacles et dîners mondains. Pendant cette période, Diderot et quelques philosophes des « Lumières » en firent même le héros de leurs polémiques contre la colonisation.

Pendant près d’un an, Ahutoru récolte de nombreuses anecdotes et profite des avantages du monde moderne abusant parfois de l’alcool et se laissant parfois influencer par les mauvaises fréquentations de la ville. Après une éblouissante année de « découvertes » et d’acclimatation, Bougainville décide que le Tahitien doit maintenant rejoindre les siens et se met alors en quête d’une embarcation pour le Pacifique. Ahurotu entame son voyage retour le 4 mars 1770 à bord du « Brisson », un navire se rendant sur l’île Maurice où il devra attendre qu’une nouvelle expédition pour Tahiti se décide. Arrivé sur l’île de l’océan Indien le 23 Octobre, il doit patienter une année entière que cette expédition soit lancée. Comble de l’histoire, Ahutoru n’y survivra pas. Il succombe sur le bateau de retour le 7 novembre 1771 de la petite vérole qu’il a contracté à Maurice. Son corps sera immergé dans l’océan selon les pratiques chrétiennes.

Malgré cette fin malheureuse, l’histoire retiendra qu’Ahutoru fut le premier Tahitien à fouler le sol de l’Europe et qu’à sa manière, il participa à l’émancipation de la Polynésie en s’en faisant le digne représentant. Chacun soulignera également sa formidable faculté d’adaptation. Quelques années plus tard, Omaï, un autre Tahitien, tentera un exil similaire aux côtés de James Cook avec plus de réussite car il parviendra à regagner la Polynésie après deux années de « célébrité » passées en Angleterre.

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